Le pouvoir de dire "je"

Voici un petit exercice d'observation que vous pouvez réaliser à tout instant :

 

comptez combien de phrases d'affilée vous parvenez à dire dans vos conversations qui ne contiennent que "je" - pas de "tu" ou de "vous", ni de "on" ou de "il", ni de "nous".

 

Vous pouvez également faire le décompte chez vos interlocuteurs.

Je parierais volontiers que vous atteindrez difficilement deux phrases.

 

Cela semble pourtant facile de parler en "je". Pourtant, à moins de m’entraîner, je suis

en général rattrapé par le "tu". Je peux commencer avec un "je" mais j'enchaîne très vite avec un "tu".

 

Par exemple, supposons que je partage un logement et que je souhaite que mon colocataire, qui a fait une petite réception en mon absence, range la cuisine. Je pourrais lui dire de façon naturelle : "j'aimerais que tu t'occupes de ranger la cuisine avant que je rentre".

 

Pour supprimer le "tu", je pourrais dire à la place : "j'apprécierais que la cuisine soit rangée quand je rentre". Du point de vue de l'émetteur, cela semble dire la même chose. Pourtant la perception n'est pas la même.

 

Du point de vue du récepteur, quand j'entends : "… que tu t'occupes de ranger la cuisine", je me sens chargé d'une responsabilité. J'ai l'impression de devoir porter un poids. Suivant le ton de voix utilisé, je peux même avoir l'impression qu'on m'ordonne quelque chose. Cela peut m'amener à réagir, non pas par rapport à la tâche à faire, mais par rapport à mon ressenti.

 

Si je me sens subordonné, je peux me vexer ou me sentir humilié ou vouloir me rebeller. Il y a un risque élevé que je ressente une émotion négative.

 

Alors que si j'entends : "j'apprécierai que la cuisine soit rangée ..." cela ne génère pas du tout le même résultat.

 

Indépendamment de la tâche à accomplir, j'entends que cela pourrait générer du plaisir pour l'émetteur. Je perçois donc un message plutôt positif.

 

En supprimant le "tu" au profit du "je", la charge émotionnelle du message est passé du négatif au positif. 

 

 Attention, si je supprime le "tu", sans maintenir le "je", par exemple, en disant : "Ce serait bien que la cuisine soit rangée avant que je rentre", je n’obtiens pas le même bénéfice. En introduisant une référence morale – ce qui est bien – je tente d’introduire une "vérité" générale. 

 

C’est une écueil fréquent. Ne voulant pas coincer mon interlocuteur par un "tu" trop direct, mais ne voulant pas non plus exposer mon désir, j’opte pour une forme indirecte dont la neutralité me semble idéale. Mais si le récepteur est en désaccord avec ma proposition, cela va sans doute générer un ressenti négatif.

 

Attention donc, lorsque j'essaye de supprimer le "tu", de ne pas renoncer au "je". Un message désincarné, trop général enlève le contenu potentiellement positif lié à mon engagement, à l'expression de mon désir

 

Pour ma part, je constate dans toutes mes activités, que lorsque je dis "je", j'obtiens une meilleure transmission du message et une plus forte adhésion.

 

Alors pourquoi ne pas le faire de façon plus systématique ?

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Commentaires: 2
  • #1

    Michael Gallasch (mercredi, 03 janvier 2018 18:10)

    Juste pour le plaisir de te laisser un petit mot... tendre hug �

  • #2

    Fabienne (lundi, 16 juillet 2018 14:17)

    Ca me semble facile à dire - plus difficile à faire !
    Je trouve que c'est une piste intéressante mais qui demande de l'entraînement
    Ya t-il des trucs pour y arriver plus facilement ?