Le Dialogue de l'Enfant Intérieur

Ce dialogue consiste à faire interagir la partie de moi qui ressent (l'Enfant Intérieur) avec la partie de moi qui agit, qui pense et qui décide (l'Adulte). L'écoute de mon Enfant Intérieur me donne accés à mes ressentis et à mes désirs. Ensuite, mon Adulte pourra chercher des solutions pour y répondre. Lorsque j'écoute mon Enfant Intérieur, une joie naturelle émerge. Je peux me mettre à chanter sous la douche. Rien ne semble avoir déclenché cette joie et pourtant je la sens très présente. Cette joie montre la connexion avec mon Enfant Intérieur.

 

Nous sommes conditionnés depuis la naissance
Nous avons tous été bébé et n’avons pas eu d'autre choix que de nous adapter pour survivre.

 

Le psychanalyste, Bruno Bettelheim posait souvent la question lorsqu'il intervenait devant des assemblées de femmes : "Qu'est ce qui est le plus important pour un bébé ?"

 "Non", répondait-il, "ce n'est pas d'être nourri, langé, cajolé, berçé, ... non, le plus important pour le bébé, c'est de satisfaire ses parents". C'est ainsi que pour obtenir l’amour de nos parents, nous nous sommes tous conditionnés.

Pour y parvenir, le bébé va adopter les comportements qui lui semblent les plus adaptés. Et il va le faire dés les premières semaines. Pour le pédiatre et psychanalyste D.W Winicott, spécialiste de la relation mère-nourrisson, cette adaptation forcée jouerait un rôle clef, notamment dans les addictions. Lorsque le bébé n'a pas pu nouer les relations adéquates avec sa mère, il répètera désespérément les même comportements en grandissant, même si cela ne fonctionne pas. Les comportements vont même s'ancrer profondément en s'accompagnant de croyances qu'il faudra respecter coûte que coûte, pour éviter angoisse et culpabilité.

Conséquence principale de mon conditionnement : j'ai renoncé à écouter mon désir, pour rester conforme à ce que je crois être les attentes de mes éducateurs.

Si le décalage entre mes aspirations profondes et les principes auxquels je crois devoir obéir devient trop important, un conflit intérieur se développe et prend différentes formes, plus ou moins accentuées.

La forme la plus légère est l'utilisation fréquente du "il faut...", "nous devons ...", "tu devrais ..." qui montre que mes actions ne sont pas libres mais mues par des principes extérieurs.

Les facteurs systématiques de notre conditionnement sont les personnes qui nous ont élevés, puis, à un degré moindre, la religion et l'éducation, et enfin l'entourage familial, social et les médias.

Nos parents sont responsables de leurs actions

Nos éducateurs (parents en général) ont fait comme ils ont pu avec leurs ressources. Eux-mêmes étaient conditionnés. Ils sont les héritiers d'une lignée. Cependant, Ils sont COMPLÉTEMENT RESPONSABLES de leur comportements.

Reconnaître la responsabilité de mes éducateurs est ESSENTIEL pour me libérer. Tant que je justifie leurs comportements, et que je ne leur laisse pas la pleine responsabilité de leurs actions, sans m'en apercevoir, je porte une responsabilité qui ne m'appartient pas et je répète indéfiniment des schémas inefficaces. Reconnaître mes parents responsables ne signifie pas leur en vouloir. Simplement leur rendre ce qui leur appartient. Ensuite, je pourrai pardonner. De toute façon, je devrai pardonner, pour arrêter de nourrir une situation du passé. Je ne pourrai le faire que quand j'aurai clairement dénoncé leur responsabilité. Tant que je ne dénonce pas clairement les situations dont j'ai souffert, je ne peux pas pardonner. Je ne peux que refouler la partie qui m'encombre encore.

Par exemple, un garçon ou une fille ainée, dont le papa meurt pendant son enfance, voudra rester auprès de sa maman pour la protéger. L'enfant n'est pas responsable de la mort de son papa mais il veut satisfaire sa maman. Elle a besoin d'être soutenu et il va devenir ce soutien. Si je ne le fais pas, je vais culpabiliser. En grandissant, je sens que la vie m'appelle ailleurs et j'aimerai arrêter le soutien, mais lorsque je m'éloigne, la culpabilité grandit et me rappelle à mon rôle.

Dans cette situation, je peux alors observer une alternance de périodes où je me sens prisonnier et dont je rêve de me libérer, avec des périodes d'anxiété quand je tente de m'éloigner (il peut simplement suffire que je l'envisage pour que l'anxiété arrive).

Lorsque je ne suis pas capable de mettre des mots sur ma situation, il y a des risques que je contracte une maladie, par exemple une maladie auto-immune comme un cancer ou un diabète. Ce que je n'arrive pas à exprimer de façon verbale, la "mal a dit" va l'exprimer à travers mes organes, à travers mon corps.

Comment sortir de ce cercle vicieux ?
La première étape est de renouer avec ma Pulsion de vie. Je respire, mon cœur bat chaque seconde, mon cerveau est traversé de pensées ininterrompues. Je suis vivant. Sans que j'en ai conscience, mes organes font un travail incroyable de digestion, d'assimilation et d'élimination.  La Pulsion de vie fait "tourner" la machine sans que j'ai à m'en soucier.

Je peux être persuadé que c'est mon Mental qui a le contrôle de la situation. Le Mental est très fort. Depuis l'age de raison, vers 7 ou 8 ans, le Mental a pris une place de plus en plus grande dans ma vie. Sous la pression de l'environnement, pour devenir suffisamment "performant", je le stimule en permanence. J'en ai fait le pilier de référence et je suis devenu très "intelligent". Je suis capable de résoudre des problèmes complexes. Mais je ne contrôle pas ma Pulsion de vie.

Ma pulsion de vie est nourrie par mes désirs et elle produit des émotions, et des ressentis. Lorsque je perds le lien à mes émotions, lorsque je les néglige ou les refoule, je risque de voir mes désirs se réduire et ma pulsion de vie ralentir. Jusqu'à la dépression, la maladie, l'accident, ...

Comment reprendre contact avec mes émotions ?
Pour y parvenir je crée une représentation artificielle de moi, constituée de deux personnages :  l'Adulte qui pense, qui décide et qui interagit avec l'extérieur et l'Enfant Intérieur qui ne peut que ressentir et désirer.

Ce concept d'Enfant Intérieur, introduit par Carl Gustav Jung, est un moyen d'accès à mes ressentis. Pour connaître mes émotions, je vais dialoguer avec lui. Je commence par lui donner la parole et j'essaye d'entendre sa petite voix. Au début, il risque d'y avoir des moments de silence. En fait, ce n'est pas du silence, c'est seulement que la voix est si faible, qu'elle a été si longtemps étouffée par l'Adulte, que je peux à peine la percevoir. Pourtant elle est là. Elle est forcément là puisque je suis vivant, puisque mon cœur bat, que mon sang circule, et que les pensées m'assaillent.

 

Comment faciliter l'écoute de l'enfant intérieur ?
Pour entendre cette voix, parfois si ténue au début, je vais m'extraire du brouhaha et du mouvement et mettre en place un Protocole spécifique. Et grâce à mon assiduité, la voix de mon Enfant Intérieur va s'amplifier et je vais pouvoir l'écouter.

Croire en moi, croire en ma vitalité, c’est accorder de l'importance à cette petite voix intérieure.
Tant que je ne crois pas qu'elle n'existe, tant que je renie son existence, je reste sous le contrôle du Mental qui prétend tout comprendre et empêche ma petite voix d'émerger.

Le Protocole du Dialogue de l'Enfant Intérieur
Pour connaître mes désirs et mes frustrations, je vais questionner mon Enfant Intérieur
Je m'isole dans un lieu tranquille. J'ai besoin d'un coussin, d'une chaise, d'un crayon et d'un papier.

  1. Je m'assoies sur la chaise, je pose mes mains sur mon ventre et je ferme les yeux. Je souffle l'air que j'ai dans le ventre et je prends une profonde inspiration. Je visualise mon Enfant Intérieur, assis devant moi sur le coussin, à mes pieds. Je lui pose la question : "Comment vas tu ?, qu’est ce qui se passe pour toi ?"
  2. Ensuite, je viens m'assoir sur le coussin, en face de la chaise, et j'attends. J'attends qu'une réponse émerge. Je respire tranquillement et JE LAISSE VENIR MA PETITE VOIX.
    J'essaye de ne pas juger ce qui arrive et je fais confiance au processus. Mon Enfant Intérieur est là, depuis toujours et il ne demande qu’à me parler. Il sait ce qui est bon pour moi. Cela peut être très troublant la première fois que je l'entends. Au bout de quelques réponses, je reviens sur la chaise.
  3. Je note les réponses de l'Enfant et je lui demande : "Peux-tu m’en dire un peu plus ?"
  4. Je retourne sur le coussin pour l'écouter.

Je répète les étapes 3 et 4 jusqu'à ce que la réponse de mon Enfant, ma petite voix intérieure, soit précise et concrète. Je marque chaque fois les questions et réponses lorsque je suis assis dans la position de l'Adulte. Une fois que j'ai l'impression que mon Enfant s'est vraiment exprimé, je retourne sur la chaise et je pose la dernière question : "Que puis-je faire pour toi ? " Je note la réponse sur mon cahier.

Exemple de dialogue avec l'Enfant Intérieur
Adulte : Comment va tu ?, qu’est-ce qui se passe pour toi ?
Enfant : ....
Adulte : Tu peux m’en dire un peu plus ?
Enfant : ....
Adulte : Tu peux m’en dire un peu plus ?
Enfant : Je t'en veux - ça fais des années que tu ne m'écoutes plus - que tu me négliges
Adulte : J'en suis désolé - Effectivement j'étais coupé de toi, je ne savais même plus que tu existais, peut-être même que je ne l'ai jamais su. Et je te demande pardon. Je vais me rattraper. Je serai là maintenant tous les jours. Je voudrais que tu me fasses confiance.
Enfant : .....
Adulte : Je comprends que tu doutes de moi. J'aimerai que tu me fasses confiance.
Enfant : Je ne te fais pas confiance.
Adulte : Fais-moi confiance seulement un jour, seulement jusqu'à demain. Je te promets que je serai là demain à nouveau.
Enfant : Je ne te crois pas
Adulte : Fais-moi confiance seulement un jour, seulement jusqu'à demain.
Enfant : J'ai peur que tu ne viennes pas. J'ai peur que tu me laisses encore. Mais ok, jusqu'à demain.
Adulte : Merci - Merci de m'accorder ta confiance. Je serai là demain. Je te le promets

Les premiers jours, il n'est pas rare que l'Enfant Intérieur ne me dise rien. Lorsque je l'ai ignoré trop longtemps, avec des «il ne faut pas, c’est interdit, ce n’est pas bien, etc… », je risque de ne pas l'entendre. Pour qu'il se remette à parler plus fort, il lui faudra sûrement des encouragements répétés. Et si je m'engage à venir le lendemain, je dois y être coûte que coûte, sinon mon Enfant risque à nouveau de se renfermer.

Adulte : Comment ça va, qu’est ce qui se passe ?
Enfant : ....
Adulte : Peux-tu m’en dire un peu plus ?
Enfant : ....
Adulte : Tu souhaites me parler d’un sujet particulier ?
Enfant : peut-être
Adulte : Je t’écoute, je suis là pour toi, j’ai tout mon temps, tu peux me dire tout ce que tu as envie.
Enfant : Je ne sais pas par où commencer.
Adulte : Prends ton temps, je suis là pour toi, je suis avec toi, nous avons tout notre temps. Comment te sens tu là maintenant ?
Enfant : ....
Adulte : Je sais, je ne me suis pas bien occupé de toi mais à partir de ce jour, je prends l’engagement d’être très attentif à toi, de t’écouter et de faire tout ce que je peux pour satisfaire tes besoins. Je vais apprendre à t’écouter et à agir pour toi. A partir d'aujourd'hui, tu es ma priorité, et même si un jour je ne suis pas au top, je te promets que je ne te laisserai plus seul. Je vais bien m’occuper de toi, vraiment je te demande pardon. Je vais prendre soin de toi. Es-tu d’accord ?
Enfant : Oui.
Adulte : Comment te sens tu ?
Enfant : Je suis troublé.
Adulte : Que ressens-tu là maintenant ?
Enfant : Je suis triste.
Adulte : Peux-tu m’en dire un peu plus ?
Enfant : Je suis seul.
Adulte : Peux-tu m’en dire un peu plus ?
Enfant : Je n’ai pas d’amis.
Adulte : Pourquoi tu n’as pas d’amis ?
Enfant : Parce que tu ne vois personne.
Adulte : Que puis-je faire pour toi ?
Enfant : Rencontrer des gens.
Adulte : Tu souhaites que je trouve des occasions de rencontre ?
Enfant : Oui, j'aimerai que tu ailles parler avec des inconnus.
Adulte : OK, je vais participer à plus d'événements, plus de sorties, ça te va ?
Enfant : Oui.
Adulte : Merci pour ton partage, on se revoie demain.

Dois-je toujours dire oui à mon Enfant Intérieur ?
Non, ce n'est pas l'enjeu du Dialogue. Dans certaines situations, l'Adulte pourra trouver des solutions pour satisfaire les attentes de l'Enfant Intérieur, mais dans d'autres cas, cela ne sera pas possible, ou seulement plus tard. Mon Adulte peut le dire à mon enfant : "j'entends ton souhait - dans le contexte actuel, ça m'est difficile d'apporter une réponse directe - je vais réfléchir à ce qui est possible et je te le dirai".
La clef du Dialogue de l'Enfant Intérieur, c'est l'écoute. Lorsque l'Enfant Intérieur se sent écouté, je le sais instantanément. Je ressens alors une joie immédiate. Je suis joyeux sans cause particulière, je peux me mettre à chanter sous la douche, à danser, à sourire, ...

Demander pardon à mon Enfant Intérieur
Quand l’Enfant Intérieur ne veut pas parler, je peux lui demander pardon. Pardon de l'avoir délaissé, pardon d'avoir crû que je pouvais faire sans lui. Je lui redemande pardon jusqu'à ce qu'il l'entende. L’enjeu est vital. En écoutant mon enfant, je peux découvrir mes besoins et mes manques. C'est le point de départ. Ensuite je pourrai passer à l'action. D'abord j'ai besoin d'information. Mon Enfant Intérieur connait mes frustrations. Et quand j'aurai réussi à l'entendre, je pourrai y répondre par moi-même et je ne demanderai plus aux autres et à mon partenaire en particulier de le faire à ma place. Je commencerai alors à devenir autonome et j'aurai de moins en moins besoin de mettre la pression sur l'extérieur.

Je n'ai pas d’autre choix que de tout mettre en œuvre pour redonner la parole à cette petite voix. Il n'y a qu'elle qui puisse me permettre d'exister en vérité. Ensuite, il est essentiel de tenir mes engagements. Il n’y a rien de plus terrible que le DOUBLE-DISCOURS. Lorsque je promets à mon Enfant Intérieur quelque chose que je ne fais pas, je l'abandonne à nouveau.

Tenir mes engagements vis à vis de mon Enfant Intérieur
Ce processus nécessite beaucoup de vigilance durant les premiers temps. Changer les réflexes de conditionnement, acquis pendant de nombreuses années, va demander une grande mobilisation et beaucoup de régularité. Une fois engagé sur ce chemin de reconquête de moi, de mes besoins, de mes désirs, je dois tenir bon. Tout manquement de mon adulte, tout report, toute défaillance, pourra être vécue par mon enfant comme un nouvel abandon. Si je dis que je m’occupe de moi, mais que je ne fais pas ce qui es bon pour moi, ou pire, si je fais carrément le contraire, mon Enfant Intérieur risque de se refermer à nouveau. Et je devrais recommencer tout le processus pour le contacter.

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Commentaires: 1
  • #1

    Nathalie (mercredi, 31 janvier 2018 18:37)

    J'ai pu testé ce dialogue de l'enfant intérieur que m'a présenté Nicolas et je trouve que ça fonctionne bien
    La difficulté pour moi est de me poser pour le faire régulièrement
    Mais quand je le fais, j'éprouve de la joie